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Peinture Otto Dix.
Le crapaud tas d’ordures est un prince charmant.
J’avais Dix doigts
La guerre me les a volés
J’avais Dix orteils
Les tranchées les ont gelés
J’avais les yeux de Dix, mon père
Les obus les ont brûlés
J’avais la belle gueule de ma mère
Les explosions m’ont fait gueule cassée.
J’ai encore ma voix pour chanter.
Mais vous que faites-vous ?
Vous fuyez, vous ne m’écoutez pas ?
Je suis là pour vous chanter ma complainte
Celle d’un homme brisé par les guerres
Je suis là pour dire que les guerres
Ne marquent pas que les paysages
Ne brisent pas que les corps
Les guerres marquent à jamais les rêves.
Là, par terre, osez me regarder
Vous verrez les rêves
De ceux qui sont revenus entiers
De ces sordides horreurs.
Ils sont entiers mais chaque nuit
Ils rampent comme moi
Ils se faufilent sous les barbelés
Ils étouffent sous les ruines
Dans cette boue entrée dans leur âme.
Savez-vous pourquoi je vous propose des allumettes ?
Pour qu’à la Lumière de ce que vous croyez voir, là, par terre ;
Ce tas d’ordures qu’un chien arrose de son urine tiède,
Vous compreniez que votre confort de gens pressés et indifférents
Vous le devez à ceux qui ont cru
Qu’accepter de ce battre c’était anéantir la barbarie.
Ils sont revenus pour vous, en gardant juste un mince espoir
Celui de pouvoir, au moins, un jour, témoigner.
Si vous me regardez
Si vous m’écoutez
Si vous prenez une boîte d’allumettes
Moi, je prendrai tout cela comme un baiser
Et de tas d’ordures je deviendrai prince charmant.
S’il-vous-plaît, aidez-moi à y croire ?
Jamadrou © janv. / 2014 (J'attends des nouvelles.. extrait)
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